Uniqlo : chronique d'une grossophobie ordinaire

où quand le numérique est vecteur de discrimination

05/05/23

Je pèse 125 Kg. J’ai (presque) toujours été gros / obèse / en surpoids / over-sized (je vous laisse choisir le terme qui vous convient le mieux).

Je suis également grand (1,85m). Je n’ai donc pas forcément eu à souffrir de discrimination liée à mon poids. Ou tout du moins je n’en avais jamais vraiment eu conscience. Jusqu’à récemment…

L’une des principales conséquences de ma corpulence « extra » ordinaire est la difficulté à m’habiller. Les grandes enseignes de prêt-à-porter s’arrêtent bien souvent au XXL (ou ne propose qu’un catalogue limité au-delà) et les enseignes spécialisées « over-sized » sont globalement chères.

Ma stratégie pour choisir ma garde robe a peu changé ces dernières années (NDLR : au grand dam de ma femme) : sélectionner une ou deux marques, quelques modèles « basiques » que je rachète régulièrement. L’avantage est double : m’éviter l’épreuve de la cabine d’essayage et le dilemme du choix d’une tenue quotidienne.

L’une de mes marques de prédilection depuis son arrivée en France est l’enseigne japonaise UNIQLO. J’apprécie les looks sobres et les collections dédiées à la pop culture qui parlent au geek que je suis.

Pendant longtemps, je ne pouvais pas mettre grand chose, les modèles s’arrêtant bien souvent au XL, voire au L. Mais la marque japonaise a fait l’effort ces dernières années d’ouvrir son catalogue aux grandes (et petites) tailles.  

Or, si je fais la plupart de mes achats en ligne, j’aime de temps en temps pousser la porte de leur magasin lyonnais pour flâner dans les rayons et découvrir les nouveautés, histoire de ne pas avoir l’air perpétuellement d’un monochrome de Soulages.

Problème : les grandes (et petites) tailles ne sont pas disponibles en magasin. Une signalétique le précise d’emblée aux client.e.s et renvoie via un QR code sur leur site web où les modèles peuvent être commandés sur leur site internet.

Sachant que 26 % de la population adulte française est en surpoids et 8,3 % en situation d'obésité, ce choix, qu’il soit logistique ou commercial, peut paraître discutable en 2023. Il ajoute par ailleurs une épreuve à l’épreuve : allez essayer un jean en XL quand votre tour de hanche avoisine les 130 cm :-s

Ceci dit, ce genre de moment de solitude fait partie de mon quotidien et il est toujours possible d’apprécier un graphisme ou le toucher d’un tissu sans devoir enfiler un vêtement. Ne reste plus qu’à commander le modèle repéré en 2 ou 3 tailles, faire l’essayage dans l’intimité de son domicile et renvoyer les modèles qui ne vont pas.

En 2021, dans le cadre de leur démarche RSE, Uniqlo décide de rendre le retour postal payant (2,95€).

J’applaudis la décision (même si j’ai un doute sur la caution écologique de ce choix, mais évitons le procès d’intention…), la gratuité ayant toujours un coût.

Cette évolution de leur politique de retour a cependant une conséquence directe pour moi : je ne peux toujours pas essayer de vêtements en magasin et le retour est désormais payant, sauf à retourner les articles… en boutique. Retour en boutique qui a lui-même un coût financier et un impact écologique puisqu’il demande à revenir sur place (en transport en commun me concernant, mais bien souvent en voiture pour des client.e.s ne vivant pas dans un centre urbain).

Ainsi, pour la première fois de ma vie d’obèse, je me suis senti victime de grossophobie.

Ma corpulence était à l’origine d’une différence de traitement évidente de la part d’Uniqlo et aucune solution alternative n’est proposée pour éviter cette discrimination.

Cela m’a choqué. Cela m’a également interrogé.

Je ne pense pas que l’enseigne japonaise ait choisi volontairement de stigmatiser une partie de sa clientèle pour laquelle elle a fait des efforts notables ces dernières années.

Au mieux, il s’agit d’une décision malencontreuse, au pire d’un très mauvais choix commercial.

Alors UNIQLO, à quand le retour gratuit pour les articles over(et under)-sized ? Ou mieux encore, à quand leur arrivée dans vos magasins ?

PS : je suis surpris de n’avoir trouvé que peu de références à cette situation sur le web, à l’exception de quelques avis client.e.s sur des sites dédiés. Le signe que la grossophobie reste aujourd'hui encore une discrimination "sous cotée"...

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